Le partage des données, un enjeu de transformation sociétale

Par Jacques Padioleau, Regional Vice President Europe du Sud, Talend

Le partage des données est une des pierres angulaires de la stratégie des données de l’Union Européenne. « Faire en sorte que l’UE devienne un modèle et un acteur majeur d’une société dont les moyens d’action sont renforcés par les données » ; c’est la phrase d’accroche que l’on peut lire sur la page dédiée à la stratégie numérique de l’Union Européenne sur le site de la commission et qui résume en quelques mots l’objectif de la stratégie européenne pour les données. Une forte ambition pour faire des données le premier levier du dynamisme économique européen.

L’Union Européenne va au-delà de simples recommandations, elle établit les fondements d’une société tournée et élevée par les données. Les points clés de la stratégie ne s’arrêtent pas à l’établissement de règles relatives à l’accès aux données, leur exploitation et leur circulation au sein de l’Union Européenne notamment, même si cela en constitue une dimension importante. Ils incluent la mise en place de d’une infrastructure cloud pour la création de « data spaces » destinés au partage des données pour l’industrie, la santé, l’environnement, ou la santé, d’une volonté d’éduquer aux données la majorité de la population etc…

Cette stratégie dessine les nouvelles règles d’une société où la donnée devient un principe phare et une des clés pour un futur qui s’adapte sans heurts aux changements. Elle propose aussi d’établir une base réglementaire pour les déploiements de l’intelligence artificielle et l’exploitation des données biométriques, sujets sensibles qui ont d’ores et déjà provoqué des controverses.

Après le RGPD, l’Union Européenne ouvre la voie vers une société pleinement conscience des données et permettant à chacun d’en comprendre les enjeux, le potentiel et les risques. On assiste à une volonté de mettre en place une « démocratie des données » où des règles communes et égalitaires géreront échanges et initiatives et rythmeront d’une nouvelle façon les différentes composantes de notre société. Mais il s’agit aussi d’établir Union Européenne souveraine de ses données où l’enjeu premier sera de combiner innovation, leadership numérique, égalité et protection de données.

Depuis l’avènement des Big Data et des technologies qui permettent de les analyser, la question de l’ouverture de ces données a été largement débattue et pour cause : leur partage est identifié par beaucoup comme un levier majeur de compétitivité et d’innovation dans la mesure où nombre d’entreprises et organisations pourraient en tirer des services ou produits innovants, sans parler des données d’intérêt général qui contribueraient à améliorer les services publics.

Certains secteurs sont particulièrement avancés dans l’exploitation des données mais aussi dans leur partage, à l’image du secteur bancaire qui a investi massivement dans l’analyse des données et où l’ouverture de la data a été actée par l’entrée en vigueur de la directive PSD2.  D’autres secteurs comme l’agriculture, le commerce ou encore le transport sont appelés à partager leurs données pour encourager l’innovation et l’émergence de nouveaux modèles.

Malheureusement beaucoup d’entreprises ont encore tendance à penser que partager leurs données signifie simplement ouvrir son coffre-fort à la concurrence. Partager ses données permet de positionner l’entreprise comme un leader dans son secteur, qui grâce au partage de ses richesses contribue à stimuler l’innovation dans son industrie et de façon générale à la création de nouveaux services pour le consommateur ou les usagers. Le partage des données apparait donc comme nécessaire pour la transformation numérique de toute la société.
C’est pourquoi la création de plateformes dédiées à des industries spécifiques, voient le jour. Airbus en est un excellent exemple dans le secteur aéronautique. En mai dernier, la société a annoncé le lancement de la plateforme de partage de données « Skywise », un système ayant pour but de joindre le plus grand nombre de données d’un avion pour en améliorer la performance et prévenir les incidents.

Certaines situations, comme celle que nous sommes en train de vivre en ce moment, confèrent à la donnée un caractère d’utilité publique. Les données deviennent alors une arme puissante qui, si elle est correctement utilisée, si elle est transparente et gouvernée, devient un levier puissant de gestion des risques. Enfin, cette ouverture et ce partage des données permet une transparence plus grande de l’information, permettant de développer une solidarité 4.0, avec des données devenant moteur d’une transformation digitale citoyenne.

Grâce au partage des données, l’accès à ces dernières permet à tout un chacun d’avoir une meilleure connaissance des évènements qui bouleversent notre monde mais donne également une puissance supplémentaire aux initiatives de groupe dans les domaines qualifiés de « data for good ». Cependant, la vigilance doit être de mise car on peut se noyer très vite dans un océan de données si on ne sait pas correctement nager. Si un programme éducatif démocratisé de la donnée n’est pas mis en place, le partage des données à des fins citoyennes peut très vite avoir un effet contraire ; la donnée deviendrait incomprise ou mal interprétée. Cela creuserait également une inégalité des données, déjà installée. Il en va de même de la qualité et la pertinence des données ; ici l’expression « le mieux est l’ennemi du bien » ne peut s’appliquer. Les données doivent être de qualité, pertinentes et fiables sans quoi nous assisterions à une noyade collective.

Nul doute que nous pouvons tous bénéficier du partage des données. La première décennie de la data qui vient de se terminer a vu naitre la science des données, gageons que les dix prochaines années verront le partage de ces données se généraliser. L’Union Européenne se veut en tous cas précurseur et législateur d’un partage de données encadré, pour le bien commun et pour une économie dynamique.

 

Leave a Reply